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Affinity Therapy : s’écouter et tendre l’oreille, un positionnement courageux

samedi 14 mars 2015, par Fanny Bihan

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« L’affinity therapy n’est pas une méthode, c’est une éthique. » disait Alexandre Stevens lors du colloque affinity therapy qui s’est tenu à Rennes les 5 et 6 mars 2015, à l’initiative du laboratoire « Recherches en psychopathologie : nouveaux symptômes et lien social » de l’université Rennes 2. Il insistait ainsi sur le fait qu’il ne s’agissait pas de hisser l’affinity therapy au statut de recette miracle, valable pour tous les cas, dans l’accompagnement des enfants et adultes autistes. Les témoignages des familles et les situations rencontrées en institution l’amenaient à constater qu’il n’existe pas de recette en la matière et que chaque cas consiste en un parcours tout à fait singulier, unique.

Un positionnement commun se dégageait des témoignages des parents présents lors du colloque que je résumerais dans la formule suivante : « s’écouter et tendre l’oreille à ce qu’indique l’enfant lui-même ».
Valérie Gay, Aurore Cahon, Ron et Cornelia Suskind, Eugénie Bourdeau, Anne Mével nous ont transmis que la décision de se faire confiance, en suivant la solution que leur enfant leur montrait avoir trouvée pour alléger son angoisse dans ses activités spontanées, produisait des effets positifs grâce à la légèreté reconquise. Il leur a fallu d’abord remarquer puis accueillir cette activité spontanée avec respect et engager leur désir pour la soutenir afin de permettre à leur enfant de la perfectionner dans un usage sédatif contre l’angoisse et comme appui pour se construire comme sujet. Ainsi, Lucile Notin-Bourdeau perfectionne son coup de crayon jusqu’à faire très tôt des dessins saisissants et émouvants, Alan Ripaud expose ses plantes carnivores dans un lycée, l’accueil positif qu’il y rencontre constitue le déclic, nous dit-il, pour se lancer, avec l’appui de sa mère, dans la création de sa propre entreprise tandis qu’Owen Suskind rencontre une femme passionnée comme lui par les films Disney.

Plutôt qu’en coach, c’est en partenaire que se proposent ces parents auprès de leur enfant, un partenaire docile qui laisse de côté son savoir pour apprendre de l’enfant, avec l’enfant. Quel manuel indiquerait à ce père d’enfiler le costume un brin ridicule du héros appelé Tiber en pariant que ça aiderait son fils à supporter d’aller sur la table à langer comme le raconte Aurore Cahon ?
C’est ce point particulier qui a des affinités avec une approche psychanalytique, référée aux enseignements de Freud et de Lacan : l’engagement d’un désir décidé à soutenir ce que l’enfant ou l’adulte autiste met en place spontanément pour juguler l’angoisse, le respect du symptôme en tant qu’il est une solution particulière pour chaque sujet et le souci que cette solution ne soit pas invalidante ni dans sa construction subjective ni dans son lien aux autres.

L’enfant fait signe, lorsqu’il ne peut pas en témoigner, de ce qui constitue une porte d’entrée pour aller vers lui sans faire effraction. Ne pas être trop consistant, ne pas tout savoir à l’avance, laisse un espace à l’enfant pour indiquer ce sur quoi il s’appuie spontanément, ce qui l’anime et l’intéresse et ce qu’il sait, lui.

De quoi témoignent ces parents lorsqu’ils relatent leur parcours ?
Ils parlent de leur désarroi face à la souffrance qu’ils perçoivent chez leur enfant, que celle-ci se manifeste dans le retrait ou dans l’excès des colères ou de la joie. Certains comportements sont en effet problématiques, tout le monde s’entend là-dessus, parents et professionnels.
Face à cela, ils témoignent d’un rebond subjectif à un moment de leur parcours, une prise de décision, difficile parfois, à laquelle ils se tiennent : faire confiance à leur enfant et à ce qu’il leur indique. Ce point a été souligné et salué à plusieurs reprises au cours de ces journées.
Cette prise de décision se fait au plus près des affinités de l’enfant auxquelles les parents acceptent de s’intéresser eux-mêmes pour trouver une façon de faire avec laquelle ils sont à l’aise, qu’ils inventent spontanément parfois en étant confrontés à une situation particulière ou qui mûrit doucement au fil des petits événements qui tissent le quotidien. En écoutant Ron et Owen Suskind, on perçoit le plaisir à prendre les voix des personnages de Disney pour se parler même si l’un et l’autre en font un usage tout à fait différent. Il faut du courage pour décider d’adopter la voix des personnages de Disney afin de rejouer des scènes de films de manière répétée, sans se lasser, pour aller vers leur fils parce que c’est la voie qu’il leur indique et d’y investir son désir. Ron Suskind rappelle qu’ils ont parcouru un long chemin. On entend aussi à travers leurs témoignages que l’aspect surréaliste de certains moments de la journée colore joyeusement le quotidien.

Chaque enfant présente un rapport tout à fait singulier à la pulsion. Le parti pris de suivre l’enfant en se proposant comme partenaire permet de l’accompagner dans la construction d’une certaine stase, un équilibre dont l’enfant trouve les bornes. En le suivant pas à pas, il devient possible de l’aider à tempérer un excès ou insuffler un dynamisme lorsqu’il semble en panne. L’appui élu par l’enfant, qu’il soit son corps propre, un objet, une personne mise en position de double ou un intérêt spécifique concentre l’aspect pulsionnel de l’investissement, la jouissance en d’autres termes, et de ce fait, revêt une face dynamisante mais aussi une face mortifère. Aussi, son usage doit trouver un certain réglage opéré par l’enfant lui-même, avec l’aide de quelques autres (parents, psychologues, pychanalystes, éducateurs, enseignants...). L’appui, invention d’abord un peu fruste, peut dès lors se peaufiner, se complexifier à travers l’investissement qu’y met l’enfant et grâce à l’accompagnement d’un adulte veillant à ne pas le devancer dans cette tâche. Que cet appui devienne le socle d’une insertion professionnelle et sociale ou que l’enfant l’abandonne parce qu’il n’en a plus besoin, c’est l’enfant qui en prend la décision.

Fanny Bihan

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