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Autisme, un corps trop bien ficelé

lundi 30 mars 2026, par Maxime Chesneau

Autisme, un corps trop bien ficelé [1]

Maxime Chesneau

Je souhaite ici proposer quelques hypothèses pour tenter de cerner le statut, disons, paradoxal de l’imaginaire dans l’autisme. En effet, dans la clinique de l’autisme, l’imaginaire semble à la fois en défaut et excès. Dans leur écrit Gel et dégel du S1 [2], Jean-Claude Maleval et Michel Grollier montrent que le sentiment d’identité évolue sur un spectre dans la clinique de l’autisme. D’un côté, disons du côté d’un défaut de consistance imaginaire, ils situent l’identité transitiviste dont un exemple consiste dans l’extrême dépendance entre le moi du sujet autiste et son double (Peter et Mira). Ils relèvent aussi la présence de troubles de l’identité majeurs : pas ou peu d’investissement du corps, proprioception et mouvements du corps non unifiés (Laurie), vécu de vide intérieur (Gunilla Gerland), sentiment d’un moi isolé de tout (Donna Williams) etc [3].

De l’autre côté du spectre, ils décrivent l’identité dissimulée, un sentiment d’identité résidant hors de tout lien à l’autre. Ce sont alors des doubles qui servent aux échanges dans le monde social. Donna Williams se servait ainsi de Willie et de Carol, tandis que Donna, elle, là où réside son sentiment d’identité propre, restait en retrait, hors du monde. Qui plus est, « des autistes aussi sévères que Dehays ou Sellin, [écrivent Michel Grollier et Jean-Claude Maleval] ne font état d’aucune confusion d’identité [4] ». À cet égard, ils indiquent aussi comment Babouillec tient à une « identité profonde », un sentiment d’identité qui se soutient totalement hors du champ de l’Autre. Les sujets autistes, même de Kanner, peuvent donc avoir un sentiment d’identité consistant, voire très consistant.

Par ailleurs, Jean-Claude Maleval note à de nombreux moments dans ses travaux que les sujets autistes sont prompts à se faire croire [5], à s’illusionner [6], à s’imaginer tout un tas de choses : un ordre des choses, des règles, une maîtrise, des régularités ou des formules qui organiseraient le monde. Autrement dit, les sujets autistes convoquent régulièrement l’imaginaire sous la forme de la croyance, de l’illusion, peut-être aussi sous la forme de la pensée magique. Dans son dernier ouvrage, il écrit : « Il s’agit bien là du plus surprenant dans le fonctionnement de l’autiste. Il semble en passer par l’imaginaire pour structurer le symbolique [7] ». Et, plus récemment, il propose même de considérer que, dans l’autisme, « tout le symbolique est imaginaire [8] ».

Corps, corpse  [9] et chair

Dans son intervention de 2014, L’inconscient et le corps parlant [10], Jacques-Alain Miller distingue deux jouissances chez le parlêtre : le se-jouir du corps qui fait la jouissance du sinthome et la jouissance de l’organe phallique hors-corps, jouissance de l’escabeau. Dans l’autisme, le se-jouir du corps est éminemment prévalent. Il y faut un long travail pour qu’un organe hors-corps permette une jouissance phallique, une jouissance soluble dans le sens, une jouissance qui comporte des affects. Or, comme l’explique Jean-Claude Maleval, tant que le gel du S1 prédomine, prédomine aussi un gel des affects [11], à savoir une extrême difficulté pour les sujets autistes d’éprouver, disons, des jouissances solubles dans le sens. Ce n’est qu’avec l’introjection et le dégel du S1 qu’une jouissance phallique hors-corps devient possible [12]. Mais pour cela, il y faut un corps.

Dans son intervention, Jacques-Alain Miller donne des indications sur ce qu’est le corps. Je le cite : « Le signe découpe la chair, la dévitalise et la cadavérise, et alors le corps s’en sépare [13]. » Il me semble décrire ici la rencontre contingente entre le S1, le signe, et le corps réel, la chair [14]. Dans certains cas, cette rencontre permet la séparation du corps et de la chair. Dans d’autres, la séparation du corps et de la chair fait problème.

De la chair, en tant qu’elle n’est pas encore mienne, en tant que ce n’est pas ma chair, celle distinguée par Husserl, il me semble que Donna Williams en rapporte quelque chose quand elle écrit ceci : Le Grand Néant Noir « m’attrapait comme une araignée dans sa toile et m’étouffait dans un vide. Dans ce vide, il n’y avait aucune pensée. Il fallait que je me délivre de cette horreur. Je la saisissais, la tiraillais, la mordais. C’était mon corps [15]. » Son corps ici, c’est une chair, une chair qui n’est pas la sienne, une chair dont la jouissance l’empêche d’être sienne.

En effet, elle décrit encore : « Des cris muets explosaient dans ma tête […] Dans le vide, il n’y a aucun lien. Le hurlement ne vous appartient même pas puisque vous n’existez pas et qu’il n’y a pas de voix. Les yeux n’enregistrent rien dans l’obscurité mentale et les oreilles entendent des sons si distants et si hors d’atteinte qu’ils semblent provenir de l’autre face de la terre [16]. » Dans le Grand Néant Noir, les sens, par lesquels une chair est vécue comme sienne, sont saturés de jouissance. Ce que Husserl nomme « ma chair », ce corps différent de tous les autres corps physiques en tant que c’est le mien, ne peut advenir. Donna Williams ne peut pas habiter [17] cette chair qui jouit, en faire un corps qu’elle peut avoir. Si le signe a bien percuté la chair dans l’autisme, celle-ci n’a pas été dévitalisée. La séparation entre corps et chair reste problématique.

« Dans la distinction entre le corps et la chair, [poursuit Jacques-Alain Miller] le corps se montre apte à figurer, comme surface d’inscription, le lieu de l’Autre du signifiant [18]. » Cette expression comporte une équivoque dans laquelle je propose d’y entendre que le corps comme surface d’inscription, distinct de la chair, c’est aussi bien le corps imaginaire que le corpse, le corps symbolique [19]. « L’Autre, c’est le corps [20] » disait Lacan, c’est le corpse comme surface d’inscription. C’est l’Autre du signifiant dans le sens où c’est le corps fait de signifiants, surface cadavérisée. D’un autre côté, cette expression « Autre du signifiant » peut aussi désigner le corps en tant qu’il est, non seulement Autre que la chair mais aussi, Autre que le signifiant, une surface d’inscription qui n’est pas faite de signifiants. Ainsi, en tant qu’il est différencié du corpse comme de la chair, le corps imaginaire peut aussi être « apte à figurer, comme surface d’inscription, le lieu de l’Autre du signifiant [21] ». 

En se frayant un chemin à l’aide de cette équivoque, on peut extraire de cette citation trois statuts du corps - trois statuts qu’Éric Blumel a relevé l’année dernière à l’A.C.F Normandie [22] en saisissant une distinction proposée par Jacques-Alain Miller à la convention d’Antibes [23] - trois statuts du corps dont le nouage fait le mystère du corps parlant : chair comme réel, corpse comme symbolique, et corps comme imaginaire. De ce mystère du corps parlant, Jacques-Alain Miller dit qu’il réside dans « l’union de la parole et du corps [24] ». Cette union, à deux, peut s’entendre comme nouages à trois en considérant que la parole, c’est lalangue, corps du symbolique [25], tandis que le corps à quoi la parole s’unit est amphibologique, désignant, à la fois, la chair, corps du réel, et le corps, comme imaginaire.

En effet, « le parlêtre [dit encore Jacques-Alain Miller] a affaire avec son corps en tant qu’imaginaire comme il a affaire avec le symbolique [c’est-à-dire à la parole comme lalangue]. Et le troisième terme, le réel, c’est le complexe ou l’implexe, des deux autres. » Le corps réel, la chair, redouble donc les deux autres corps, il ex-siste aux deux autres. La chair serait alors l’implexe [26], le doublon, qui fait du corps imaginaire ma chair et de la lalangue un « appareil de jouissance [27] ». C’est, me semble-t-il, par là que le parlêtre a affaire au corpse comme au corps à partir de la chair. Mais dans l’autisme, le nouage du corps, du corpse et de la chair fait problème.

Corps imaginaire, objet et trou

À propos du corps, Jacques Alain Miller précise ceci : « c’est sur le corps que sont prélevés les objets a [28] ». Et, dans la Troisième, Lacan dit la chose suivante : l’objet « celui que j’écris du petit (a), est l’objet dont il n’y a pas d’idée […] sauf à le briser, cet objet, auquel cas ses morceaux sont identifiables corporellement et, comme éclats du corps, identifiés [29] ». L’objet a qui peut se mettre en série comme oral, anal, regard ou voix, est ainsi conçu par Lacan en 1974 comme morceau résultant d’une brisure de l’objet a comme tel, objet dont il n’y a pas d’idée. Un point me semble les distinguer, c’est que de la série des objets prélevés sur le corps, on en a une représentation, là où de l’objet a comme tel, il n’y en a pas d’idée. En tant qu’éclats du corps, les objets a sont identifiables corporellement et sont effectivement identifiés, sur le corps imaginaire [30]. Car c’est bien à l’image que sont soustrait voix, regard, fèces, sein, et aussi le phallus, en tant qu’il est le support d’une jouissance « dysharmonique au corps [31] ». Cette distinction permet de saisir en quoi le corps imaginaire est aussi « apte à figurer, comme surface d’inscription, l’Autre du signifiant [32] ». Car quand l’objet est prélevé sur le corps, le corps imaginaire est bien surface d’inscription, surface où s’inscrit aussi bien l’objet comme éclat de corps que le trou que ce prélèvement laisse sur le corps.

Le corps sur lequel sont prélevés les objets peut ainsi être dit imaginaire, un corps imaginaire qu’on peut concevoir, à l’occasion, comme mal séparé de la chair, quand l’objet chute sans être prélevé. Car, même si l’objet a est identifiable corporellement dans l’hallucination par exemple, cette représentation d’une voix qui injoncte et qui insulte ou celle d’un regard qui surveille et qui intruse, ces représentations, si elles imaginarisent bien quelque chose, ce quelque chose qui est représenté est toujours là dans la représentation, vivant, grouillant, gros de jouissance. L’objet est brisé, il a chuté hors du corps, mais il n’est pas prélevé pour être situé au champ de l’Autre. L’objet a peut alors boucher, de sa présence, le trou que sa chute a laissé sur le corps imaginaire.

« C’est sur le corps que sont prélevés les objets a [dit Jacques-Alain Miller et il ajoute :] c’est dans le corps qu’est puisée la jouissance pour laquelle travaille l’inconscient [33]. » C’est dans le corps imaginaire troué par le prélèvement de l’objet que se trouve la jouissance pour laquelle travaille l’inconscient. Autrement dit, c’est dans le corps imaginaire que se trouve la jouissance non phallique que l’inconscient chiffre inlassablement. Et c’est, avec cette jouissance, qui, de n’être pas chiffrée, de n’être pas toute chiffrable, que le corps trouve à se jouir.

Bien souvent, le corps se jouit en passant par le trou que la chute de l’objet a laissé à sa surface. L’illustration la plus parlante en est l’hallucination. Dans l’hallucination, l’inconscient ne travaille pas, il ne chiffre pas la jouissance puisée dans le corps. Le corps se jouit de l’objet a brisé qui, ne pouvant être logé en l’Autre, bouche de sa présence le trou du corps imaginaire sur lequel il a été prélevé. Dans l’autisme, tant que le gel du S1 exerce ses effets, il me semble que le corps ne se jouit pas en passant par un trou subsistant à sa surface. En témoigne, notamment, l’absence d’hallucinations verbales.

L’objet et le trou, différences entre psychose et autisme

Dans la psychose comme dans l’autisme, il y a aliénation au S1 [34], le signe a percuté la chair et troué le réel. Par-là, le corps, comme surface d’inscription, s’est séparé de la chair. Il en est mal séparé dans ces deux structures, mais le destin de l’objet a n’est pas le même. « […] l’autiste [écrit Jean-Claude Maleval] ne garde pas l’objet a dans sa poche, comme le psychotique, selon l’expression de Lacan, une poche d’ailleurs trouée, dont il peut s’échapper pour revenir en extériorité ; l’autiste tient l’objet à sa main [35] […] »

En effet, Lacan, en 1967, déclare : « Le fou c’est l’homme libre. Il ne tient pas au lieu de l’Autre, du grand Autre, par l’objet a, le a, il l’a à sa disposition […] Le bon Dieu des philosophes […] disons qu’il a sa cause dans sa poche, c’est pour ça qu’il est un fou [36]. » Dans la folie, notamment dans la psychose qui se spécifie d’être folle, l’objet a est dans la poche du parlêtre. Il a été extrait puis a chuté hors du corps. Avec cette chute, un trou reste béant à la surface de ce corps. Mais ce trou n’étant pas bordé par le signifiant [37], l’objet ne peut être prélevé pour être semblantifié au lieu de l’Autre. L’objet tend à boucher le trou du corps, spécialement quand, dans l’hallucination, il se présente comme « éclat du corps [38] » et sert de localisation à la jouissance puisée dans le corps.

Dans l’autisme, point de folie : point de délire ni d’hallucination verbale [39]. L’objet a ne vient pas boucher le trou du corps, il n’est pas à la disposition des sujets autistes, dans la poche, bien au contraire. L’objet est retenu [40], il l’a à sa main, et, ce faisant, il est maitrisé. Mais cette rétention et cette maîtrise sont terriblement aliénantes. Là où l’homme fou, c’est l’homme libre, le sujet autiste se trouve aliéné à la maîtrise obtenue par la rétention de l’objet. L’exemple des glinglin de Roland, rapporté par Jean-Claude Maleval [41], peut l’illustrer. Roland, un enfant autiste de 7 ans, fabriquait, à l’aide de ses matières fécales, une petite boule qu’il fixait à l’un de ses cheveux. Saisissant ce « glinglin » entre le pouce et l’index, il passait des heures à le faire osciller rapidement devant ses yeux « totalement indifférent au monde extérieur et même à une stimulation douloureuse [42]. » Ce glinglin « prend sa source dans l’extraction de l’objet anal [43] » qui, n’ayant pas chuté, reste à la main de Roland. Ce faisant, il le maîtrise, mais, dans le même temps, pour le temps où il maitrise cet objet, il aliène son existence à cette maîtrise : « la contemplation de cette illusion perpétuelle […] ne s’interrompt pratiquement pas du lever au coucher [44]. » C’est ainsi que, paradoxalement, la maîtrise de l’objet entraîne une aliénation du parlêtre à cette maîtrise [45].

Dans l’autisme, le gel du S1 et la rétention des objets pulsionnels préviennent la chute de l’objet. L’objet, bien qu’extrait, ne chute pas hors du corps. Ne chutant pas, il ne peut pas être logé dans l’Autre, ni faire fonction de bouchon au trou du corps. Ainsi, bien qu’il soit extrait de la chair, l’objet est dans l’impossibilité de trouver une voie de sortie par un trou du corps qu’il n’y a pas. Disons qu’il reste englué à la chair.

L’objet englué et les pseudopodes autistiques

Si tant est qu’il soit pertinent de le dire englué, il reste qu’on observe des extractions d’objet dans la clinique de l’autisme. Et même que ces extractions, en permettant un certain décollement de la chair et de l’objet, frayent les voies de sorties de l’esseulement autistique [46]. Comment rendre compte du paradoxe à quoi mènent ces arguments, à savoir que l’objet, tout en restant englué à la chair, puisse être extrait et se faire point d’appui pour le sujet autiste ? Autrement dit, comment rendre compte de la nature de l’objet autistique en tant qu’il « témoigne [comme l’écrit Jean-Claude Maleval] d’une extraction de l’objet a, mais non de sa chute [47]. » ?

Pour tenter de cerner ce réel, je le suivrai quand il écrit : « S’il fallait retenir une image pour appréhender le bord autistique, celle du « pseudopode », proposée d’emblée par Kanner, serait plus pertinente [48] » que celles de forteresse, carapace, encapsulement. Avec cette image, on peut se représenter la chose suivante : quand un objet est extrait, il y a bien un décollement de la chair et l’objet. L’objet est extrait, mais le corps ne le laisse pas chuter. Un pseudopode se forme, s’étend, et conserve l’objet dans l’imaginaire. Ce faisant, le pseudopode empêche la chute de l’objet hors du corps.

Bettelheim relevait ce fait que Marcia, une enfant autiste, était rudement intéressée par un fusil qui pouvait « expulser quelque chose qui n’était pas perdu [49] » - une ficelle étant attaché d’un côté au fusil, de l’autre au quelque chose à expulser. Cette formule me semble aller comme un gant à ce qui peut s’imaginer du corps dans l’autisme. Quand un objet est extrait, quand un objet autistique est produit, disons que le corps fait comme ce fusil : il expulse quelque chose qu’il ne peut pas perdre. Il se déforme, étend un pseudopode et conserve l’objet. L’objet autistique est alors extrait de la chair, mais il ne chute pas hors du corps. Il reste compris dans le corps imaginaire, à la pointe d’un pseudopode.

Au lieu de la chute de l’objet, il y a rétention, rétention de l’objet dans l’imaginaire. Cette rétention est extrêmement problématique, mais la production d’un pseudopode qui encapsule l’objet est aussi bénéfique. C’est par là que s’instaurent des bords qui permettent des échanges. Disons, pour l’imager, que la pointe du pseudopode incarne la fonction du bord, pseudopode à laquelle l’objet donne forme en se faisant en-forme [50], comme le montre Éric Laurent à propos de Temple Grandin. Ce bord, les recherches en psychanalyse ont montré qu’il était la voie royale pour espérer mener un sujet autiste vers la constitution d’un sinthome [51], thèse que défend Jean-Claude Maleval.

Mais aussi essentiels que soient les bords pour l’évolution bénéfique des sujets autistes, il est clair que ces extractions d’objets ne trouent pas le corps du parlêtre. Encore une fois, l’absence d’hallucination verbale [52] atteste que l’extraction de l’objet, notamment voix, ne fait pas retour dans le réel. De même, le gel des affects, présent dans l’autisme dès lors que s’exerce le gel du S1, témoigne de l’extrême difficulté pour les sujets autistes d’éprouver une jouissance soluble dans le sens, une jouissance qui implique un corps troué.

Si l’image du pseudopode autistique peut représenter l’objet en tant qu’il est extrait mais ne chute pas hors du corps, cette image ne représente rien de ce qu’il advient du trou qui a été produit à la surface du corps dans l’extraction de l’objet. Si tant est que le corps étende un pseudopode et rattrape l’objet, que devient le trou ?

Le ficelage du corps imaginaire

Le trou est, disons, rendu caduque, inopérant. Car le corps imaginaire dans l’autisme est clos. Éric Laurent l’indique en 2012 : « On peut envisager le corps-carapace comme un corps dont tous les orifices sont bouchés [53] ». C’est au séminaire XXIII que je me réfèrerai pour en proposer une représentation. Dans ce séminaire, Lacan, cherchant à produire une « logique de sac et de corde [54] », dit du corps, du corps imaginaire, que c’est sac. Un sac, prenons-le ainsi, c’est comme un vase, c’est quelque chose qui comporte un trou. Lacan ajoute dans ce même séminaire, et c’est là l’image que je retiens, qu’« un sac n’est clos qu’à le ficeler [55] ». Partant de là, je propose de se représenter le corps, dans l’autisme, non comme le vase du schéma optique du stade du miroir mais comme un sac fermé par une ficelle. Quand un objet est extrait, un trou est bien produit à la surface du corps, mais il est ficelé. Le trou ne disparait pas, mais, étant ficelé, il ne subsiste pas et ne peut donc faire fonction de trou. Le sac devient clos et le corps ne peut plus se comporter comme un vase.

Puisque c’est une manipulation réversible, l’hypothèse du ficelage du corps imaginaire peut être appliquée aussi bien à la clinique des autistes de haut niveau qu’à celle des autistes de Kanner et d’Asperger. Dans la clinique de l’autisme de Kanner et d’Asperger, le trou dans le corps est ficelé. L’objet peut être extrait, et le corps troué, mais ce trou ne subsiste pas, il est ficelé. Le corps étend un pseudopode qui encapsule l’objet, empêche sa chute et le laisse englué à la chair. Cet objet englué, extrait sans avoir chuté, peut toutefois donner forme au corps comme en-forme et incarner un bord qui fait littoral entre l’intérieur et l’extérieur.

Dans la clinique de l’autisme de haut niveau, avec le dégel et l’introjection du S1, le ficelage du corps imaginaire cède. La possibilité qu’ont les sujets autistes de haut niveau de s’inscrire dans le lien social, d’éprouver des affects, de parler en mobilisant l’objet a ainsi que la lalangue, témoignent de la présence d’un corps spéculaire caractérisé par la persistance d’un trou à sa surface. Ainsi, dans l’autisme, le trou dans l’imaginaire n’est pas forclos, il est seulement rendu caduque par le ficelage qu’opère le gel du S1 [56].

L’hypothèse du ficelage du corps imaginaire rend compte de la difficile séparation entre le corps et la chair, de la nature paradoxale de l’objet autistique, objet extrait qui n’a pas chuté, et donne une représentation au mécanisme de la rétention des objets pulsionnels. Elle permet aussi de rendre compte de la grande consistance d’un certain nombre de sujets autistes sur le plan imaginaire. Dans l’autisme, bien que le parlêtre n’ait pas de corps tant que le gel du S1 est effectif, il peut avoir une consistance, une consistance qui lui permet de se maintenir comme un Tout en dépit des troubles de la dimension imaginaire que son corps trop bien ficelé lui occasionne [57]. À l’inverse, dans la schizophrénie, le parlêtre est toujours susceptible de voir son corps partir en morceau à cause du trou dans l’imaginaire qu’il n’a pas les moyens de border.

Les faux bords du corps dans l’autisme

Accompagnant la production d’un objet autistique, encapsulant l’objet a comme en-forme, les pseudopodes permettent à la jouissance de faire retour sur un bord. Mais il faut noter que l’objet n’ayant pas chuté, le trou dans le corps étant ficelé, la jouissance dans le corps rencontre un impossible. Le corps n’étant pas troué, la jouissance puisée dans le corps ne peut, comme dans la psychose, passer par le trou de l’objet qui a chuté pour faire retour sur le corps ou sur l’Autre. Dans l’autisme, la jouissance localisée sur l’objet a extrait mais retenu ne peut que faire retour sur la surface intérieure du pseudopode, dans les limites de l’imaginaire du parlêtre. À la différence de la psychose et de la névrose, dans l’autisme, la jouissance puisée dans le corps reste prise dans les limites d’un corps imaginaire non troué. Du fait de l’extraction de l’objet, elle peut faire retour, mais puisque l’objet est retenu et le trou ficelé, elle ne peut faire retour que dans le corps du parlêtre, sur sa surface intérieure.

Cette particularité topologique du retour de la jouissance dans l’autisme peut rendre compte de la prédominance du double. A cet égard, l’exemple de la naissance de Willie, un des doubles de Donna Williams, me semble paradigmatique. Elle écrit : « Ce Willie, ça n’était qu’une paire d’yeux verts luisant dans l’obscurité, mais quels yeux ! Ils me faisaient bien un peu peur, ces yeux-là, mais je m’étais dit qu’en retour je leur inspirais la même crainte [58]. » Ces yeux, ces yeux qui regardent Donna Williams et lui font peur, ces yeux qui vont être le support sur lequel fonder un de ses premiers et de ses derniers doubles, ces yeux qui auraient pu, dans une autre clinique, incarner le regard de l’Autre sous forme hallucinatoire ou fantasmatique, ces yeux-là sont d’emblée pris dans la réversibilité imaginaire. Ils lui font peur, mais, se dit-elle, elle doit leur faire peur aussi. Pour la petite Donna de trois ans, ces yeux sont ses semblables. La réversibilité de la peur entre Donna Williams et ces yeux et, par la suite, l’usage de Willie comme double, support d’une partie de son sentiment identité, me semble en témoigner. Ces yeux peuvent ainsi être compris comme objet a extrait, brisé, identifiable corporellement, mais retenu dans un pseudopode imaginaire dont la surface trouée a été ficelée.

Que le trou dans l’imaginaire n’opère pas semble pouvoir rendre compte du fait que le double n’est jamais persécuteur pour le sujet autiste, là où c’est un risque toujours présent dans la psychose. En effet, dans la psychose, le double peut toujours ouvrir sur une béance dans l’imaginaire qui donne accès à la jouissance puisée dans le corps et alimenter délire ou hallucination. À l’inverse, dans l’autisme, l’imaginaire n’étant pas troué, le double ne peut jamais ouvrir sur cette jouissance. La jouissance puisée dans le corps ne peut pas passer par un trou – qu’il n’y a pas - pour être localisée dans l’hallucination ou le délire. Dans l’autisme, la jouissance puisée dans le corps reste dans le corps.

Le double n’y est pas pour autant uniquement pacifiant. Il peut donner lieu à une jouissance puisée et emprisonnée dans le corps, si le sujet autiste n’a plus l’illusion de le maîtriser. Mais cette jouissance ne donne pas lieu à un réel mis en forme par l’hallucination ou le délire, elle produit une angoisse massive. Quand le double est désinvesti, le sujet autiste en éprouve la présence comme Autre.

Ainsi, dans l’autisme, ou bien le double est investi libidinalement et dynamise le parlêtre [59] qui a l’illusion de le maîtriser ou bien le parlêtre n’a pas l’illusion de le maîtriser et alors il ne fait pas, ou plus, fonction de double. En revanche, dans la psychose, le double, tout en ouvrant sur une béance dans l’imaginaire, peut conserver le statut de double et alimenter, comme double, le déversement de la jouissance de la chair par un trou du corps.

Le bord, objet autistique, double et intérêt spécifique, constitue un appui absolument indéniable pour les sujets autistes. Il permet des échanges entre le sujet et l’extérieur [60]. Mais, à la différence du bord d’un vase, les pseudopodes autistiques ne comportent pas de trou. Si la surface de ces pseudopodes permet que des signes s’échangent entre l’intérieur et l’extérieur, c’est, disons, comme à travers une vitre ; la vitre représentant la surface du corps non troué. En raison du ficelage du corps imaginaire, la surface du corps passe entre l’objet retenu dans le pseudopode et l’extérieur. Il n’y a donc pas de possibilité que ce qui est à l’intérieur passe à l’extérieur comme l’autorise le bord d’un vase, ou le bord de mer quand celle-ci est agitée. Autrement dit, dans l’autisme, la jouissance puisée dans le corps ne peut passer par un trou du corps pour alimenter la jouissance hors-corps. Le bord autistique me semble donc être un faux bord, un faux bord qui permet des échanges entre le sujet et l’extérieur, mais qui ne permet pas que la jouissance de la chair, passé par un trou, fasse retour de l’extérieur.

L’impossibilité pour le corps d’être pourvu d’un trou qui subsiste tant que le gel du S1 est effectif, c’est par là, me semble-t-il, que l’on peut situer l’autisme dans la topologie du narcissisme primaire.

Autisme et narcissisme primaire

À ma connaissance, Lacan ne fait que peu mention du narcissisme primaire dans son enseignement. Dans le Séminaire XIII, il en dit ceci : de « la notion, si discutable et dont ce n’est pas pour rien que je ne l’ai pas discutée jusqu’à présent à savoir celle du narcissisme primaire […] j’ai considéré que, au point de mon élaboration, elle n’était jusqu’à présent, pour personne de ceux qui me suivent au moins, abordable [61]. » Dans ce Séminaire, plusieurs analystes interviennent et abordent cette notion du narcissisme primaire, notamment Charles Melman, André Greene et, surtout, Conrad Stein qui tente d’articuler la situation analytique à partir du narcissisme primaire. Lacan indique, avec la rigueur et la puissance rhétorique qui sont les siennes, que la situation analytique est une situation très structurée qui rend impropre toute référence au narcissisme primaire entendue comme perte de limite, quel qu’en soit la conception par ailleurs [62]. Pour Lacan, dans ces années-là, le narcissisme primaire est donc une notion inabordable.

« Je n’irai pas par quatre chemins [dit-il encore dans le séminaire XIII] : le narcissisme primaire au sens où il est usité chez presque tous les auteurs dans l’analyse est quelque chose devant quoi je m’arrête et que je ne peux aucunement admettre sous la forme où c’est articulé [63]. » Quelle est cette forme ? « Le petit baby dans le sein de sa mère […] ce Paradis perdu de la fusion du moi et du non moi […] toute personne qui reste de quelque façon attachée à ce schéma du « narcissisme primaire » […] n’a absolument rien à faire, de près ni de loin, avec ce que j’enseigne [64]. » Ainsi, il me semble que c’est en raison de la conception mythique d’une fusion entre le nourrisson et sa mère, si inadaptée pour permettre un repérage des phénomènes dans l’expérience analytique, que Lacan s’est refusé à aborder cette notion à ce moment-là.

Pour autant, dans le Séminaire XIV, il précise la chose suivante : « Je ne dis pas que cette question du narcissisme primaire dans l’économie de la théorie, ne soit pas quelque chose qui pose question et mérite un jour d’être accentué [65]. » Et c’est, me semble-t-il, dans le Séminaire XXIII que Lacan met l’accent sur cette question, dans une remarque en passant, mais qui définit d’une manière tout à fait rigoureuse, le narcissisme primaire. Dans la dernière séance de ce Séminaire, il dit qu’il y a une « étape de narcissisme primaire qui se caractérise par ceci, non pas qu’il n’y ait pas de sujet, mais qu’il n’y a pas de rapport de l’intérieur à l’extérieur [66]. » Cette définition topologique du narcissisme primaire me semble convenir pour décrire certaines spécificités de la clinique de l’autisme.

En effet, d’une part, en dépit de l’extraordinaire esseulement que peuvent manifester certains sujets autistes, il y a du sujet dans l’autisme, même quand la symptomatologie est kannérienne. Le travail de Jean-Claude Maleval à partir des témoignages de sujets autistes permet de l’attester. Dans l’autisme, il y a bien un sujet, un sujet entendu, a minima, comme ce, je cite Michel Grollier et Jean-Claude Maleval « d’où émane une intentionnalité qui ex-siste au corps [réel] et qui prend l’initiative de mesures protectrices contre l’angoisse [67] ». Il y a bien un quelqu’un dans l’enfermement autistique, un quelqu’un auquel le signe peut renvoyer. Il n’est pas sûr qu’il en soit de même dans la catatonie schizophrénique par exemple.

Dans l’autisme, donc, il y a bien un sujet même quand celui-ci est isolé de l’extérieur, mais il n’y a pas de rapport entre l’intérieur du corps ficelé et l’extérieur, la lalangue. Le rapport, Lacan le définit dans le Séminaire XXIII. Il dit : « […] C’est le nœud seul qui est le support concevable d’un rapport entre quoi que ce soit et quoi que ce soit [68] ». Autrement dit, la seule manière de concevoir le rapport entre deux choses - en l’occasion intérieur et extérieur - c’est à le considérer, ce rapport, comme relevant en même temps des trois registres [69]. Dans l’autisme, tant que le gel du S1 exerce ses fonctions, le rapport entre l’intérieur du corps ficelé et l’Autre chaotique ne me semble pas pouvoir être conçu borroméennnement.

L’hypothèse du ficelage du corps imaginaire permet de le penser. Si les bords autistiques permettent bien des échanges entre le sujet et le monde extérieur, ils ne permettent pas que ce qui est à l’intérieur du corps ficelé, la chair, passe à l’extérieur, dans l’Autre. Tant que le gel du S1 est présent, les bords ne permettent pas qu’advienne une jouissance hors-corps, une jouissance soluble dans le sens. Le gel des affects en est le signe, comme l’illustre les travaux de Jean-Claude Maleval. Entre autres choses, il relève que les doubles de Donna Williams ne lui permettent pas de dire ses affects [70], qu’elle dit même qu’ils constituent une « mutilation psychique [71] » ; il note que, Temple Grandin, en dépit de son insertion sociale remarquable, affirme que sa réflexion reste coupée de ces affects [72], et, plus largement, vous pointez que, tant que le gel du S1 s’exerce, les sujets autistes communiquent dans une « langue factuelle [73] », qui exclut l’expression d’affect.

Il me semble ainsi pertinent d’interroger la clinique de l’autisme avec la notion de narcissisme primaire entendue, non comme fusion mythique entre le nourrisson et l’Autre maternel, mais définie comme structuration topologique qui, bien qu’elle autorise la dimension subjective, ne permet pas le rapport de l’intérieur avec l’extérieur. En prenant la clinique de l’autisme dans la perspective du corps ficelé, deux choses peuvent être montrées. D’abord, que la condition nécessaire mais non suffisante, pour qu’un rapport entre la chair et l’Autre puisse avoir lieu, c’est qu’un trou subsiste à la surface du corps. Si le corps est fermé, le rapport entre la chair et l’Autre n’a pas lieu et la jouissance qui en est le signe, ou peut-être le support, la jouissance hors-corps, n’ex-siste pas. Deuxièmement, cette perspective met en lumière que, conformément à la définition par Lacan du narcissisme primaire, la dimension du sujet peut tout à fait se tenir en l’absence d’un corps troué. Autrement dit, qu’avoir un corps n’est pas une condition nécessaire à ce qu’il y ait du sujet.

Introjection du S1 et sortie du narcissisme primaire

C’est seulement avec le dégel et l’introjection du S1 que le rapport entre la chair et l’Autre, un rapport borroméen, peut avoir lieu. Si comme l’indique Jean-Claude Maleval, le dégel et l’introjection du S1 n’est pas une sortie de la structure autistique [74], il semble toutefois envisageable de le considérer comme une sortie, au moins partielle, du narcissisme primaire. Car, avec le dégel et l’introjection du S1, les sujets autistes, à l’image de Daniel Tammet ou Donna Williams, peuvent s’inscrire dans le lien social, éprouver des affects, parler en mobilisant l’objet a ainsi que la lalangue. Ce faisant, la structuration topologique du narcissisme primaire ne prédomine plus : sur le corps peut subsister un trou par lequel de la jouissance puisée dans le corps peut se nouer à l’Autre et devenir jouissance hors-corps.

Donna Williams témoigne de la façon dont, pour elle, l’intérieur s’est mis en rapport avec l’extérieur. Elle en témoigne d’une manière d’autant plus éclatante que l’expérience est circonscrite. Elle écrit la chose suivante : « Ma main se posa au hasard sur ma jambe. Soudain, j’éprouvais une sensation interne dans ma main et dans ma jambe. Je sens ma jambe, criais-je, paniquée, je sens ma main et ma jambe. […] Je posais ma main sur mon bras et murmurai craintivement : J’ai un bras. Je ne le sentais pas [sous] ma main de l’extérieur, comme avant, mais de l’intérieur. « Bras » n’était plus qu’une simple texture, il prenait sens de l’intérieur [75]. »

En 2022, Jacques-Alain Miller disait la chose suivante : « Tout ce que Lacan a écrit ou proféré après ce Séminaire [le Moment de conclure] jouit d’un statut spécial d’après-coup de l’ensemble accompli de son enseignement – j’emploie ce mot [dit-il], qu’il employait aussi avant de le repousser. Cela donne à ces propos fragmentaires une valeur testamentaire [76]. » C’est avec cette remarque en tête que je relève ce dit de Lacan dans le Séminaire XXVI : « Ce que fait l’imaginaire, imaginer le réel : c’est une réflexion [77] ». Ce que relate Donna Williams, c’est l’irruption de l’avoir du corps, irruption par laquelle la chair, le corps et le corpse se noue pour donner lieu à sa chair, imaginarisation du réel : « mes mains [écrit-elle encore] remontèrent à mon visage. Il était là, de l’intérieur. Mon corps ne se limitait plus à une série de textures que mes mains connaissaient. […] j’ai un corps ! »

Dans cette irruption, la réflexion de l’imaginaire est là, impliquée, réflexion du corps sur lui-même, de la chair sur le corps en passant par le corpse. Cette réflexion constitue un rapport, non pas entre le sujet et l’Autre, ni entre l’intérieur et l’extérieur, mais entre l’intérieur du corps et l’extérieur de ce même corps, par l’intermédiaire de l’Autre. La description que fait Donna Williams de cette sensation qui, partant de l’intérieur du corps, se réfléchit sur la surface de ce corps me semble l’illustrer.

Ce rapport entre intérieur et extérieur du corps, cette réflexion du corps sur lui-même, me semble pouvoir s’articuler avec la façon dont la jouissance puisée dans le corps devient jouissance hors-corps. Passant par le trou subsistant à la surface, la jouissance puisée dans le corps peut se nouer à l’Autre, comme lalangue, et devenir hors-corps. Il n’y a plus qu’à y ajouter un retour de cette jouissance par la réflexion de l’imaginaire sur la surface du corps pour suggérer le trajet de la pulsion - de la chair au corps en passant par le corpse.

Cette réflexion du corps sur lui-même qui permet de l’avoir, les sujets autistes peuvent y accéder après un extrêmement long et douloureux labeur, comme en témoigne, parmi d’autres, Donna Williams. À ce moment-là, le corps du sujet autiste n’est plus ficelé, il est troué. Par ce trou, le corps peut jouir, dans la réflexion de l’imaginaire, jouir d’une jouissance hors-corps qui, une fois n’est pas coutume, est mieux conforme au principe du plaisir.


[1Je remercie Jean-Claude Maleval pour m’avoir donné la possibilité de présenter ce texte dans le cadre de son cours du Campus de l’E.C.F. « De la structure autistique et des faux autistes », le 26 mars 2026.

[2Maleval, J.-C. et Grollier M., (2021). « Gel et dégel du S1 chez le sujet autiste », La cause de l’autisme, disponible sur internet : https://cause-autisme.fr/2021/01/18/gel-et-degel-du-s1-chez-le-sujet-autiste/

[3Cf Ibid.

[4Ibid., p. 3.

[5Maleval, J.-C. (2021). La différence autistique, Saint-Denis : Presses Universitaire de Vincennes, Coll. Arguments Analytiques, pp. 78, 79, 172, 262.

[6Ibid., pp. 170, 172, 189, 190, 263, 266.

[7Maleval, J.-C., De la structure autistique et des faux autistes, (2025), Saint-Denis : Presses universitaires de Vincennes, Coll. Arguments Analytiques, p. 92.

[8Maleval, J.-C. (2026) De la structure autistique et des faux autistes, La campus, Cours du 29 janvier 2026, inédit.

[9Cf. Lacan J., Le Séminaire, Livre XVII, « L’envers de la psychanalyse », séance du 9 avril 1970 : « Qui ne sait le point critique dont nous datons dans l’homme l’être parlant : la sépulture, soit où d’une espèce s’affirme qu’au contraire d’aucune autre, le corps mort y garde ce qui au vivant donnait le caractère corps. « Corpse », reste, qui ne devient charogne, le corps qu’habitait la parole, que le langage « corpsifiait ». »

[10Miller, J.-A., (2014). « L’inconscient et le corps parlant ». La Cause du Désir, n°88, p. 103-114, version établie par Gauthier, A.-C., Miller-Rose, È. et Briole, G.

[11Cf. Maleval, J.-C., De la structure autistique et des faux autistes, (2025), op. cit., p. 108 à 115.

[12Ibid., p. 76 à 82.

[13Miller, J.-A., (2014). « L’inconscient et le corps parlant ». op. cit., p. 109.

[14Cf Blumel, E. (2024), Argument du Séminaire : D’images et de chair : le corps. Disponible sur internet : D’images et de chair : le corps - Psychanalyse en Normandie.

[15Williams, D., (1994). Quelqu’un quelque part, 1996, J’ai lu, p. 142. Cité par Lemercier, L. (2025), Autisme et corps, par-delà les frontières, intervention au cours du Séminaire D’images et de chair : le corps, le 1er avril 2025.

[16Ibid.

[17Maleval, J.-C. et Grollier M., « Gel et dégel du S1 chez le sujet autiste », Op. cit., p. 9 : « À la différence de Horiot, Williams ne fait pas l’éloge de l’identité dissimulée, elle a toujours considéré qu’il s’agissait d’une « mutilation psychique », de sorte qu’elle a longuement lutté pour faire disparaître ses doubles, et pour parvenir à habiter son corps, en étant présente à ses affects. »

[18Miller, J.-A., (2014). « L’inconscient et le corps parlant », op. cit., p. 109.

[19Cf Blumel, E. (2024), argument du Séminaire : D’images et de chair : le corps. Disponible sur internet : D’images et de chair : le corps - Psychanalyse en Normandie.

[20Lacan J., Le Séminaire, Livre XIV, « La logique du fantasme », séance du 10 mai 1967. 

[21Miller, J.-A., (2014). « L’inconscient et le corps parlant », op. cit., p. 109.

[22Cf Blumel, E. (2024), argument du Séminaire : D’images et de chair : le corps. Disponible sur internet : D’images et de chair : le corps - Psychanalyse en Normandie.

[23Miller J.-A., La psychose ordinaire, La convention d’Antibes, [1998], Collection Le paon, Agalma Le Seuil, p. 320. Cité par Blumel, E. (2024), argument du Séminaire : D’images et de chair : le corps. Disponible sur internet : D’images et de chair : le corps - Psychanalyse en Normandie.

[24Miller, J.-A., (2014). « L’inconscient et le corps parlant », op. cit., p. 109.

[25Lacan J., Le Séminaire, livre XXIV, « L’insu que sait de l’une bévue s‘aile à mourre », leçon du 16 novembre 1976, inédit.

Cf. Laurent E. « Reprise à l’envers des Etudes sur l’hystérie », Quarto, n°129, 2021. Et Eric Blumel, (2024), Argument du Séminaire : D’images et de chair : le corps.

[26En généalogie, un implexe désigne un ancêtre qui se trouve à différentes places dans un arbre généalogique. En tant que substantif, il a le sens de doublon. Cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Implexe

[27Miller, J.-A. « L’orientation lacanienne. Choses de finesse en psychanalyse. » (2008-2009), enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 10 juin 2009, inédit.

[28Miller, J.-A., (2014). « L’inconscient et le corps parlant », op. cit., p. 113.

[29Lacan, J (1974). « La Troisième », La Cause Freudienne, n° 79, 2011, p. 21.

[30Cf. Lacan, J., Des religions et du réel : Extrait du discours de clôture des Journées d’étude des cartels de l’École Freudienne de Paris, le 13 avril 1975. La Cause du Désir, n°90, 2015, texte établi par Miller J.-A., p. 11. « Pas besoin ici de souligner combien l’oral, l’anal, sans compter les autres que j’ai cru devoir y adjoindre pour rendre compte de ce qui est pulsion, pas besoin de souligner que la fonction des orifices dans le corps est là bien pour nous désigner que le terme « trou », ce n’est pas une simple équivoque que de le transporter du symbolique à l’imaginaire. »

[31Miller, J.-A., (2014). « L’inconscient et le corps parlant », op. cit., p. 112.

[32Miller, J.-A., (2014). « L’inconscient et le corps parlant », op. cit., p. 109.

[33Miller, J.-A., (2014). « L’inconscient et le corps parlant », op. cit., p. 112.

[34Maleval, J.-C. (2025), De la structure autistique et des faux autistes, Le Campus, Séance du 18 décembre 2025.

[35Maleval, J.-C., (2021). La différence autistique, op. cit., p. 258.

[36Lacan, J. (1967). Conférence sur la psychanalyse et la formation du psychiatre à Saint-Anne. Disponible sur internet.

[37Maleval, J.-C. (2025). De la structure autistique et des faux autistes, Le Campus, Séance du 18 décembre 2025.

[38Lacan, J (1974). « La Troisième », La Cause Freudienne, op. cit., p . 21.

[39Cf Maleval, J.-C., (2021). La différence autistique, op. cit., p. 25 - 44.

[40Cf. les recherches de Jean-Claude Maleval et Marie-Christine Laznik.

[41Maleval, J.-C., De la structure autistique et des faux autistes, (2025), op. cit., p. 236 - 237.

[42Jean Sandretto (1977), Un enfant dans l’asile, Paris, Seuil, p. 96-97. Cité par Maleval, J.-C., De la structure autistique et des faux autistes, (2025), op. cit., p. 236.

[43Maleval, J.-C., De la structure autistique et des faux autistes, (2025), op. cit., p. 236.

[44Jean Sandretto (1977), Un enfant dans l’asile, op. cit., p. 96-97. Cité par Maleval, J.-C., De la structure autistique et des faux autistes, (2025), op. cit., p. 236.

[45Il faut toutefois souligner que l’objet, sa maîtrise et l’aliénation du sujet qui en dérive, constituent une modalité défensive. Cf. Maleval, J.-C., De la structure autistique et des faux autistes, (2025), op. cit., « Le bord protecteur » p. 259 – 261.

[46C’est ce que nous ont enseignés les travaux d’Antonio Di Ciaccia, d’Alexandre Stevens et d’Éric Laurent sur l’usage d’un doux forçage dans le traitement de l’autisme.

[47Maleval, J.-C., (2021). La différence autistique, op. cit., p. 247.

[48Ibid, p. 232.

[49Ibid, p. 247.

[50Laurent, É., (2012). La bataille de l’autisme. De la clinique à la politique. Condé-En-Normandie : Navarin, p. 71 - 75.

[51Maleval, J.-C. et Grollier M., (2021). « Gel et dégel du S1 chez le sujet autiste », op. cit, p. 20.

[52Cf Maleval, J.-C., (2021). La différence autistique, op. cit., p. 25 - 44.

[53Laurent, É., (2012). La bataille de l’autisme. De la clinique à la politique, op. cit., p. 66.

[54Lacan, J., Le séminaire, Livre XXIII, Le sinthome (1975-1976), texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris : Seuil, Coll. Champ Freudien, 2005, p. 146.

[55Ibid.

[56Cf. l’argument développé par Jean-Claude Maleval à propos de la forclusion du trou dans le réel : Maleval, J.-C. (2025), De la structure autistique et des faux autistes, Le Campus, Séance du 18 décembre 2025.

[57L’hypothèse du ficelage du trou imaginaire comporte un certain paradoxe, car elle devrait permettre de rendre compte tant du défaut d’imaginaire que de l’excès de consistance dans la clinique de l’autisme. Je crois que d’autres distinctions sont nécessaires pour lever ce paradoxe et maintenir l’hypothèse du ficelage du trou imaginaire. Ces distinctions, je les crois possibles, mais, pour le moment, elles ne peuvent être formalisées de manière satisfaisante.

[58Williams, D., (1994). Si on me touche je n’existe pas, J’ai lu, p. 29.

[59Cf Maleval, J.-C., (2021). La différence autistique, op. cit., p. 254 et suivantes.

[60Laurent, É., (2012). La bataille de l’autisme. De la clinique à la politique, op. cit., p. 69 : « Il faut toujours un certain temps […] pour que ce néo-bord se desserre, se déplace, constituant alors un espace – qui n’est ni du sujet, ni de l’Autre – où il peut y avoir des échanges d’un type nouveau, articulés à un Autre moins menaçant. »

[61Lacan, J. Le Séminaire, Livre XIII, « L’objet de la psychanalyse », Leçon du 22 décembre 1965.

[62Lacan, J. Le Séminaire, Livre XIII, « L’objet de la psychanalyse », Leçon du 22 juin 1966.

[63Lacan, J. Le Séminaire, Livre XIII, « L’objet de la psychanalyse », Leçon du 22 juin 1966.

[64Lacan, J. Le Séminaire, Livre XIV, « La logique du fantasme », Leçon du 1er avril 1967.

[65Ibid.

[66Lacan, J., Le séminaire, Livre XXIII, Le sinthome (1975-1976), texte établi par Jacques-Alain Miller, op. cit., p. 154.

[67Maleval, J.-C. et Grollier M., (2021). « Gel et dégel du S1 chez le sujet autiste », op. cit, p. 3.

[68Lacan, J., Le séminaire, Livre XXIII, Le sinthome (1975-1976), op. cit., p. 37.

[69Lacan, J. (1975), Joyce le symptôme II, disponible sur internet : LOM « a (même son corps) du fait qu’il appartient en même temps à trois… appelons ça, ordres. »

[70Maleval, J.-C. et Grollier M., « Gel et dégel du S1 chez le sujet autiste », op. cit., p. 8.

[71Ibid., p. 9.

[72Ibid., p. 18.

[73Maleval, J.-C., (2021). La différence autistique, op. cit., p. 129.

[74Cf. Maleval, J.-C., De la structure autistique et des faux autistes, (2025), op. cit., « Intrication du gel du dégel du S1 », p. 84 – 93.

[75Williams, D., (1994). Quelqu’un quelque part, 1996, J’ai lu, p. 142.

[76Miller, J.-A., (2022). « Tout le monde est fou – AMP 2024 », La Cause du Désir, n°112, 2022, p. 49.

[77Lacan, J. Le Séminaire, Livre XXVI, « La topologie et le temps », Leçon du 9 janvier 1979, inédit. « Quelle est la différence entre l’Imaginaire et ce qu’on appelle le Symbolique, autrement dit le langage. Le langage a ses lois dont l’universalité est le modèle, la particularité ne l’est pas moins. Ce que l’Imaginaire fait, il imagine le Réel : c’est une réflexion. Une réflexion tient au miroir, c’est donc dans le miroir que s’exerce une fonction. »